Des enfants pas des sardines

 

Depuis 2008, 5000 écoles publiques ont été fermées en France, et des milliers de classes et de postes d'enseignants. La ville de Beaumont-Sur-Oise (95) n'a pas échappé à cette politique catastrophique. Résultat, on compte aujourd'hui dans plusieurs maternelles de la ville des salles de classe accueillant de 29 à 32 enfants de 3-5 ans. Avec les conditions que l'on imagine en terme de dégradation des conditions de travail et d'appauvrissement des apprentissages. Nous demandons à l'Inspection académique et à la mairie de réunir rapidement les représentants des parents afin de mettre en place avant la fin de l'année en cours des solutions destinées à soulager les effectifs des classes de maternelle de notre ville : grandes salles de classes, ATSEM supplémentaires, embauche d'instit...

Nous sommes des parents d'élèves scolarisés à l'école maternelle Jean Zay de Beaumont-sur-Oise. A l'occasion des réunions parents-profs du début de l'année, les institutrices de maternelle nous ont exprimé la difficulté dans laquelle elles se trouvaient pour mettre en place l'ensemble des apprentissages, du fait des sureffectifs : les trois classes de maternelle ont en effet 32, 32 et 31 élèves, dans des surfaces estimées à 45 m2 environ.

Ces sureffectifs, que l'on retrouve également dans la maternelle Pauline Kergomard (avec 29 élèves dans deux classes) et dans la maternelle Paul Faure, se traduisent donc par : 

1. de mauvaises conditions de travail pour nos enfants, à l'âge où ils sont les plus fragiles : bruit, manque de disponibilité des adultes, insécurité psychologique (on parle d'enfants très jeunes !), difficultés pour se concentrer, excitation, fatigue excessive.

2. de mauvaises conditions de travail pour les enseignant(e)s, qui se trouvent dans la situation dangereuse dite de l'injonction paradoxale : faire toujours mieux, avec des moyens qui ne permettent que de faire... moins bien.

3. des salles qui deviennent trop petites, avec les risques que cela représente en cas de panique (en cas d'incendie, intrusion, confinement...)

4. le sacrifice des enfants les plus en difficulté (langage, motricité...), ceux qui ne peuvent pas être soutenus par leurs parents, et qui ne peuvent bénéficier de toute l'attention nécessaire de la part des enseignant(e)s.

5. un appauvrissement des apprentissages, du fait du temps perdu à essayer d'obtenir puis de maintenir le calme, et à gérer les difficultés d'autonomie des enfants

 

Et qu'arrivera-t-il si une enseignante manque un cours de manière inopinée ? Ou si de nouveaux élèves arrivent en cours d'année ?

 

Nous avons contacté la municipalité qui nous a renvoyé vers l'Inspection. Nous avons contacté les associations de parents d'élèves qui nous ont renvoyées vers les directrices des écoles. Nous avons contacté les directrices des écoles de Beaumont qui nous ont renvoyés vers l'Inspection. Nous avons contacté l'Inspection académique qui... ne nous a pas répondu. Mais nous avons finalement été reçu par l'Inspecteur de circonscription, M. Pascal Lefort. En vain. 

Pascal Lefort a refusé de nous donner les effectifs exacts des classes dans les écoles de Beaumont. Pascal Lefort a nié l'impact des sureffectifs sur la qualité des apprentissages, demandant même que cela lui soit prouvé. Nous lui avons alors fait mention d'une étude scientifique qui le prouve justement, et il l'a naturellement balayée d'un revers de main.

Pascal Lefort a refusé de nous donner le nombre exact de dérogations à la carte scolaire accordées pour intégrer la maternelle de Jean Zay, tout en nous disant que de telles dérogations avaient été accordées pour éviter la fermeture d'une classe supplémentaire cette années (donc en entassant nos enfants comme des sardines). 

Pascal Lefort a refusé de nous expliquer pourquoi autant d'enfants étaient déjà partis de Jean Zay depuis le début de l'année scolaire en cours, et pour aller où : l'effectif de 269 élèves est en effet passé à 252 au bout d'un mois. Des parents auraient-ils emmenés leurs enfants vers les écoles privées du fait des sureffectifs en classes de maternelle ? 

Pascal Lefort a évoqué la menace d'une nouvelle fermeture de classe si l'effectif tombait en-dessous de 247 élèves. 

Pascal Lefort n'a pas voulu nous expliquer non plus pourquoi il y a des classes en élémentaire de 21/24 élèves, mais la maternelle est surchargée avec 95 élèves repartis en 3 classes, sachant que le seuil d'ouverture pour une classe de maternelle est de 93 élèves.

Nous avons invité l'inspecteur Lefort à assister à une classe de maternelle, en alertant sur les mauvaises conditions d'accueil : faute de places assises, des enfants ont parfois fait leur travail... assis par terre. 

Nous avons proposé de discuter de solutions possibles : aggrandissement des classes de maternelle ou transfert des élèves vers des salles plus grandes, recrutement d'une 2è assistante maternelle (ATSEM), et bien sûr, réouverture de classes avec recrutement de professeurs des écoles. Nous avons mentionné le fait que la mairie pourrait aussi recruter un enseignant ou un ou plusieurs ATSEM. Mais Pascal Lefort a mis fin abruptement à l'entretien.

 

Une directrice nous a avoué avoir reçu des consignes de la part de l'Inspection lui demandant de ne pas communiquer les effectifs des classes "pour éviter les tensions". Des parents d'élèves de la Fontaine bleue nous ont avoué n'avoir pas été informés des effectifs des classes de leurs enfants. On préfère donc cacher la vérité aux parents plutôt que de réouvrir les classes fermées en 2017... et tant pis pour nos enfants !

 

Mais il y a pire : le rectorat envisagerait de fermer de nouvelles classes l'an prochain, vraisemblablement à Jean Zay en élémentaire.

On exige que les enfants de maternelle soient accueillis dans des bonnes conditions. Ce qui n'est pas acceptable pour un enfant plus grand, n'est pas non plus acceptable pour un enfant de maternelle qui exige beaucoup plus d'attention et dont le rapport à l'école, plaisir ou déplaisir, confiance ou malaise, va déterminer la totalité de sa carrière scolaire.  

Parent d'élève ou non, je me déclare indigné(e) par cette situation faite à des enfants, et solidaire avec les parents et les enseignants désireux de trouver une solution pour les enfants des maternelles de Jean Zay et d'ailleurs. Je demande à la mairie et à l'Inspection académique de trouver rapidement des solutions, et avant la fin de l'année scolaire.

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